Présentation des jurys

Les films en compétition concourrent pour trois prix à l'issue du festival: le prix du Jury Professionnels, celui du Jury Etudiants Multidimensions et enfin le prix décerné par le public. Nous vous présentons ci-dessous les membres de nos deux jurys.

Jury Professionnels

Alka Balbir

Chanteuse, actrice, a joué dans Gaz de France aux côtés de Philippe Katherine

Koel Purie-Rinchet

Indienne, Actrice, journaliste, productrice et présentatrice TV, a joué dans une quinzaine de films

Yves Billon

Photographe, réalisateur et producteur de documentaires. Il a réalisé une centaine de documentaires, notamment sur la musique en Inde.

Natalia Rodriguez

Colombienne, scénariste des Bureaux de Dieu aux côté de Claire Denis, continue d’écrire et de réaliser des documentaires

Zoe Headley

Chercheuse entre le CNRS et l’Institut français de Pondichéry, travaille actuellement à étudier et valoriser une banque de photos anonymes d’habitants du Tamil Nadu

Jury Etudiants Multidimensions

Elise Vray

Etudiante Femis image

Albane Jersol

Etudiante master création littéraire

Claire Jeantil

Etudiante Lettres modernes

Lou Montagne

Etudiante Conservatoire

Amanda Apavoo

Etudiante master crise et intervention d’urgence

Noémie Watanabe

Etudiante master crise et intervention d’urgence

Carnet de bord du Jury Etudiants Multidimensions

Retrouvez ci-dessous les critiques des films, par les membres du Jury Etudiants Multidimensions.

Round Figure, un feelgood movie à l’américaine.

Cette séance, dans le cadre du FFAST est la deuxième projection du premier long métrage de Hartik Mehta. Hartik Mehta rend hommage aux acteurs de seconde zone. Ces rôles “patates”, où les acteurs sont interchangeables, capables de figurer dans n’importe quel personnage de second plan, qui à l’instar du féculent, “complètent n’importe quel plat.” Considérés comme has-been et complètement effacés par les stars des premiers rôles, ils ont pourtant marqué toute une génération. On se souvient de leurs répliques cultes et de certaines de leurs apparitions. La première chose que l’on demande au personnage principal lors d’une interview est de prononcer sa réplique culte. L’acteur est ainsi réduit à un jukebox, la scène est saisissante et ça l’est d’autant plus qu’on se reconnaît - hélas - facilement à cette pratique, quand on croise un acteur, on a étrangement envie de lui dire sa réplique... Ces premiers héros du cinéma font place à une nouvelle génération d’acteurs, à de nouvelles façons de faire et de concevoir le cinéma. On nous montre alors une époque qui s’achève, un tournant dans l’industrie bollywoodienne. Fini le surjeu, place aux émotions, aux personnages avec une plus grande profondeur, un cinéma avec plus de moyens et une concurrence plus féroce entre acteurs. C’est dans cet univers qu’on suit Sundheer, un vieil acteur de série B à la retraite, connu par sa célèbre réplique “I enjoy life, ça vous pose un problème ?” Il apprend qu’il a tourné 499 films et se met en tête d’en tourner un 500ème. Pour ce dernier, il faut voir grand, il convoite un beau rôle. En décalage avec son époque et cantonné pendant des années à certains archétypes, il se confronte à d’autres attentes et à un milieu métamorphosé. Sans surprise, comédie-dramatique annoncée, on joue avec les émotions du spectateur. Les codes du genre sont respectés. Les premières séquences sont drôles, agréablement teintées de kitsch. Puis on bascule avec maîtrise dans des scènes plus sérieuses. On oublie qu’il s’agit d’un premier long-métrage, les plans s’enchaînent parfaitement, la narration est maîtrisée, c’est esthétiquement irréprochable. La mise en abyme fonctionne. C’est propre, bon élève. On est parfois un peu déçu de deviner trop aisément ce qu’il va se passer. Certaines scènes sont attendues. Ce film s’inscrit dans son époque, et même si on ne se laisse pas surprendre, il n’empêche que l’on passe un bon moment.

Albane Jersol

Azmaish

Azmaish, en traversant l'Inde et le Pakistan et en abordant des thématiques qui sont aujourd’hui présentes à travers le monde, réussit a marquer les esprits. Le film ouvre avec Sabiha Sumar, aussi réalisatrice du documentaire qui commence par faire un portrait des problématiques actuelles au Pakistan : pauvreté, inégalités, fondamentalisme religieux sont des questionnements centraux de l'oeuvre. Elle rejoint ensuite, Kalki Koechlin de l'autre coté de la frontière qui nous fait voyager à travers le subcontinent indien pour explorer ces mêmes thematiques. Donner la parole à des habitants Pakistanais et Indiens appartenant à differentes classes sociales donne du poids au documentaire qui brise stereotypes et apprioris que le spectateur pourrait avoir. De même cela met en lumière, des problématiques qui sont propres à certaines communautés dont la voix peut paraître inaudible habituellement. Les discussions entre les deux protoganistes, tout au long du documentaire, nous font également plonger dans leurs reflexions personnelles. Les thématiques sont objectivement abordées, en montrant differents point de vues, sans poser de jugement. Quant aux images, elles nous font voyager dans des lieux, qui semblent inacessibles au simple voyageur. Toutefois, malgré la qualité de la réflexion et des sujets abordés, le spectateur tend a se demander a quel point les discussions entre les deux femmes sont spontanées. De même, il faut garder à l'esprit que les avis montrés ne représentent qu'une infime partie de la société indienne et pakistanaise qui sont riches en diversité. Le documentaire vaut le detour et nous fait prendre conscience des problematiques actuelles en allant a la rencontre des différentes sections de la société pakistanaise et indienne. Le message du documentaire, qui résonne dans le coeur du spectateur, peut ainsi etre résumé par cette fameuse citation : “Quand le pouvoir de l'amour vaincra l'amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix” (Jimi Hendrix)

Amanda Appavoo

Komola Rocket, un bateau orange

Noor Imran Mithu écrit et réalise un premier long métrage sensible et social, nous invitant à embarquer à bord d’un ferry où se tissent des rencontres hasardeuses, entre des personnages d’origines sociales très diverses. Nous allons de passager en passager, que seul ce bateau pris dans un banc de sable réunit. Mithu nous invite à observer et écouter des fragments de vie, de la même manière que l’on écoute discrètement les conversations voisines à la table d’un café, ou que l’on se laisse absorber par le spectacle animé des humains. Nous sommes dans notre pleine position de spectateur-voyeur, et l’on entre dans le rythme flâneur du film. Il donne la parole à chacun de ses personnages, auxquels on décide ou non de s’attacher, et si le jeu des acteurs semble parfois exagéré, artificiel, il atteint finalement une note touchante. On peut lui reprocher un montage un peu maladroit : le son est souvent démesurément fort, la musique qui accompagne l’état des personnages, résonne comme des battements de cœur, mais prend une place parfois excessive. On se demande pourquoi les pleurs d’une femme en arrière plan résonnent plus fort que le dialogue principal de deux hommes sur lesquels la caméra est concentrée. Cependant, le bruit enragé des mouches qui envahit l’espace sonore à la fin créé une magnifique intensité, donnant la parole à l’ouvrière morte que l’on n’a pas pu entendre. Du côté de l’image, le réalisateur nous livre de très beaux plans, que l’on pourrait qualifier, favorablement, de cartes postales. Il porte une attention particulière à créer des espaces-tableaux, comme dans cette première scène où l’on aperçoit des passagers respectivement occupés dans leur cabine, les portes ouvertes, un simple mur de quelques centimètres les sépare. Les murs fins qui permettent de bien séparer et ranger chaque groupe dans son compartiment sont réduits à une ligne, on sent que dans un tel endroit, il n’est pas possible d’être seul, chacun vient vous parler, avec un intérêt plus ou moins sincère. Symétrie qu’il répète plus loin dans le film, avec les barreaux du lit sur lequel sont assis deux hommes, qui ne se parlent pas, et dont les vies sont pourtant étroitement liées. Mithu prend soin de nous faire part de la vie du bateau, de nous présenter des personnages que l’on ne suivra pas forcément, mais l’accident arrive un peu tard et le temps s’étire, entre moments intenses et mouvements qui retombent, au détriment de la narration et de l’attention du spectateur. On sent beaucoup d’idées de la part du cinéaste, qui ont parfois du mal à se déployer, où n’apparaissent qu’à travers des instants de beauté qui dénotent de la trame principale. Komola Rocket, un bateau orange, reste un très beau film sur la rencontre de l’autre, la curiosité, le partage, les personnages prennent possession d’un lieu, l’habitent un temps et créent des liens délicats. Une traversée où se croisent des destins, des vies, avec leurs imperfections et leur éclat.

Lou Montagne